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  • Un bruit de fer...

    Les vents se sont levés, tourbillonnants dans les vallons de la sierra. J'ai marché le long du fleuve, suivi Daniel a cheval a la recherche des vaches qui devaient le lendemain étre vaccinées, nous avons croisé un renard mort, avancé au pas délicat du cheval sur la roche, regardé les horizons, cherché des signes.

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  • Sur l'estancia jésuite de la Candelaria

    Je quitte Capilla del Monte peu avant midi, en direction de Cruz del Eje. Je dois y retrouver Virginia, la propriétaire d’une estancia perdue au fond de la Sierra. Elle vient justement acheter des graines pour ses poules et je peux donc profiter du déplacement pour rentrer avec elle jusqu’à l’estancia. Je l’attends dans la gare routière de Cruz del Eje, indolente et endormie. J’ai encore du mal à respirer, mes poumons dans une cage, ne rien faire, laisser le temps soigner.

    Virginia arrive avec sa chemise de bûcheron, rose et violette. Sans conteste, c’est une forte femme. Des cheveux aux reflets roux ondulés, des lunettes rectangulaires sévères, et un gros pick-up rempli de sacs de graines. On cale tant bien que mal ma valise à l’arrière, et en route vers Puesto Viejo.

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    Nous avons un peu plus d’1h de voyage avant d’arriver. C’est l’occasion de découvrir le parcours hors-norme de la propriétaire. Virginia a un patronyme français, son arrière grand-père était bourguignon ; elle parle d’ailleurs français, ce qui est plutôt une exception. Les langues se perdent si vite au rythme de l’intégration. Il y a 15 ans environ, elle a décidé d’acheter une estancia dans la sierra de Cordoba, ou elle s’installe divorcée, avec ses trois garçons. L’estancia Puesto Viejo était l’un des postes d’une vaste estancia jésuite de 300 000 ha : la Candelaria.

    Pendant 8 ans, Virginia a travaillé comme guide touristique dans la région de Cordoba, et un jour à l’occasion d’une sortie à cheval avec un groupe, elle arrive là au beau milieu de la sierra, sur un terrain abandonné avec un petit rancho en ruine. Ce lieu, elle en a rêvé et il est soudain sous ses yeux. Le ciel a perte de vue, les champs plutôt verdoyants, les montagnes pleines de mystères dans tous les horizons, le fleuve et ses gros rochers en contrebas, les chants d’oiseaux, l’âme du lieu.

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    Virginia se renseigne et finit par acquérir le terrain ou elle fait construire sur les fondations du rancho existant, son estancia : Puesto Viejo. Elle construit sa maison fidèle à son « rêve ». Il ne faut jamais cesser de rêver, car de la seulement surgissent nos réalités concrètes. Le rêve est une projection du futur. Forme de l’idée. Il y a quelque part dans nos cerveaux cette faculté inouïe à dessiner ce qui nous rend heureux. On ne le voit pas toujours. On ne s’écoute pas toujours.

    Pour arriver à l’estancia, nous traversons d’abord San Marcos Sierra, un très joli pueblo aux maisons colorées. Les habitants ont dans un vote refusé que la route soit asphaltée. Plus hippie que San Marcos ne se fait pas, me dit Virginia. Un jour, je pourrais y revenir et m’asseoir à l’une des terrasses le long de la place. Nous empruntons ensuite un chemin de terre qui s’enfonce dans la Sierra.

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    Il est vraiment difficile de décrire ces paysages sublimes et étranges. Un chemin de terre et rocailleux (emprunté par le Dakar et par un moto-cross international) court sinueux dans une végétation sèche et résistante. On grimpe, on descend, avec derrière chaque virage de nouvelles surprises, un nuage inattendu sur un ciel bleu tranchant, une ligne de montagne fortuite, et plus loin encore le fleuve qu’on traverse a cru. Soleil de fond. Sans même se concentrer, vous sentez les particules de lumière. La lumière traversante, les corps non pas incandescents, mais absorbants. Tout est lumière (le chien a mes pieds s’étire dans un grognement, il s’appelle India, ce chien blond perdu en terres indiennes).

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    Bientôt le portail est la : Estancia Puesto Viejo. Encore quelques centaines de mètres et nous arrivons au fond d’un petit vallon. Un enclos a poule, des chevaux et des vaches qui paissent, une chèvre engrillagée pour échapper au puma, et la maison avec ses barrières de bois qui racontent des tas d’histoires.

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    Le vent se lève. La poussière se soulève. Les feuillages murmurent. Notre surdité est probablement effarante, tout comme notre aveuglement. Trop de lumières électriques, de klaxons, d’ondes radiophoniques, trop de phares, trop de néons, trop de vacarme, trop de conversations (j’imagine Times Square, que j’aime pourtant, mais n’est-ce pas notre peur de la finitude qui nous oblige a remplir les espaces, les silences ?).

    Dans une petite maison à peine à l’écart, vit Daniel, l’aide de Virginia. Il s’occupe avec elle des 50 têtes de bétail. C’est une vie, qui pour tout étranger parait étrange, pour cet homme aux yeux clairs natif de la Sierra. Mais lui est heureux dans ses montagnes avec ses chevaux et rien d’autre (enfin, tout le reste : l’horizon et la liberté).

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    Je pars bientôt vers le sentier du fleuve, les chiens m’accompagnent ; nous rencontrons les chevaux et les vaches, tranquilles, imperturbables. Juste quelques pas de côté pour me céder la place sur le chemin. Un regard en coin pour s’assurer que l’inconnu n’est pas porteur d’un danger et bientôt de nouveau sous la dent, l’herbe sèche.

    Il faut voir le plaisir des chiens s’ébrouant dans l’eau. Ces fleuves de sierra où semblent tombés des gros cailloux comme pour jouer à cloche-pied sont un miracle d’harmonie. La roche arrondie par l’érosion, les quartz qui brillent de mille feux, au fond de l’eau, sur les chemins, les arbres qui y plongent, le ciel qui s’y regarde. Il n’y a pas plus élégante composition. La peau brûle et le cœur soupire.

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    Peu avant le tomber du soleil, j’irai encore marcher, reviendrai de là où nous sommes arrivées pour surplomber le paysage et voir tant de silence s’étirer. Je repense sans cesse à ce slogan publicitaire si bien trouvé « Le ciel est le plus bel endroit de la terre ». Dans ma marche, je dérange un gros oiseau qui s’envole : ce pourrait bien être une bartavelle, si nous étions au pays de Pagnol.

    Je rentre bientôt, la nuit a pris place : le croissant de lune éclaire presque autant que l’électricité solaire. Virginia me prépare une milanesa servie avec un « vinito » ; la vie et ses options.

    Dans la chambre aux épais murs de chaux, je lis quelques pages de Tom Sawyer et m’enfonce bientôt, mais d’un pas léger vers le sommeil.

     

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  • Dans le pas de l'Indien...

    Je n'ai pas trop écouté le docteur qui m'avait dit de ne pas trop m'agiter... et je suis allée voir si mon pas rentrait dans le pas de l'Indien...

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  • Vivre à Capilla del Monte

    Capilla del Monte est un village étrange, et sans doute très argentin, dans son hétérogénéité. Ici, la population native se mélange avec ceux qu’Alicia, la gérante de l’hôtel boutique oú je dors, appelle les « hippies productifs », ceux qui sont venus chercher le flower power, tout en se dédiant à une activité (commerce d’artisanats, de produits naturels ; thérapies alternatives [reiki, aromathérapie…], les « hippies fumeurs », ceux qui passent la plupart de leurs journées à profiter de la vie en fumant de joints, et puis les citadins, de Buenos Aires, de Cordoba ou Santa Fé, qui désireux de changer de vie, sont venus s’installer dans ce petit coin de « paradis », loin, très loin du stress de la ville. Comme Alicia, la plupart de ces citadins se sont reconvertis et lancés dans l’hôtellerie. Alicia me raconte que son mari était auparavant associé chez Deloitte [le cabinet de consultants US, considéré comme l’un des Big 5 mondiaux de l’audit]. Il y a une saison pour tout…

    On se demande comment ce petit monde coexiste… Les locaux [qu’on appelle les « serrano », ceux de la Sierra] me semblent vivre avec beaucoup de distance le brouhaha lié au cerro Uritorco et ses énergies célestes… Plusieurs d’entre eux m’indiquent qu’ils n’ont même jamais fait l’ascension de la montagne, ou que s’ils l’ont faite c’était il y a plus de 20 ans et qu’ils n’ont pas été suffisamment marqués pour recommencer. L’un d’eux me raconte que le village n’est plus aussi tranquille qu’avant. Une prison a été ouverte à 40 kms de la, et depuis Capilla del Monte doit faire face à une délinquance plus élevée, due selon lui aux familles et entourages des prisonniers qui désormais traversent le village pour aller leur rendre visite…

    Les hippies, eux, semblent couler des jours heureux sous le climat chaud et sec de la ville. Tout tourne au ralenti ou vu autrement, ici, on prend son temps. Comme il fait chaud, les commerces ferment entre 13h et 18h. Après-midi, ville morte. Quand enfin la chaleur un peu décline et que le vent du soir se lève, les rues du centre de nouveau timidement se « remplissent ». En marchant 20 minutes, vous rencontrerez probablement 3 fois les mêmes personnes !

    Et puis, il y a ces maisons énormes et anciennes, vestiges d’un temps passé, ou Capilla del Monte devait abriter une bourgeoisie de récents immigres, amenant avec eux des souvenirs de la lointaine Europe. Souvent les volets sont clos et il y a derrière des mondes envolés.

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  • A l'assaut de l'Uritorco

    Aujourd’hui, je suis partie faire l’ascension de l’Uritorco, près de 2000 mètres d’altitude (c’est pas rien, surtout pour une tuberculeuse !). Lever à 7h, un « remis » (taxi privé) m’attendait pour m’amener au pied de la montagne. Le cerro Uritorco a cette affreuse particularité, tant argentine, d’être une montagne privée… dont l’entrée, qui ne se fait pas avant 8h du matin, coute la bagatelle de 130 pesos (soit 40 croissants, pour vous donner une idée !). Un scandale, mais j’en parle dans les Chroniques de Buenos Aires.

    Ça valait le coup de se lever un peu tôt, je fais les deux premières heures d’ascension à l’ombre, et quand on sait que le soleil une fois au zénith chauffe à 34 degrés, autant dire que la « fraicheur matinale » se fait apprécier.

    Je monte a rythme très lent, tousse sans cesse, suis sur le point de me décoller la plèvre à plusieurs reprises, mais persiste… tout ça, parce que je suis une vraie chèvre. Le Cerro Uritorco est un immense massif granitique. L’ascension se fait dans la rocaille, juste ce que j’aime. Choisir ses appuis, s’ancrer dans le sol et impulser. De roche en roche. On m’avait dit de prendre un bâton, mais c’est inutile ; j’en ai deux très fiables et ils sont vissés à mes hanches. Je ne remercierai jamais assez mes jambes ni mes pieds de me porter avec autant de sacrifice et de dévouement. On n’admire pas suffisamment l’incroyable dextérité de la race caprine…

    Et puis je suis fascinée par ces énormes blocs de granit rose, qui racontent l’histoire de la terre, qui ont vu passer tant d’Indiens avant les Espagnols et qui portent en eux des légendes, des combats, des traversées, des initiations, des rituels, des dieux vénérés. Quand je serai poussière, j’aimerais être du granit rose.

    J’en rapporterai au final plus d’un kilo dans mon sac a dos (c’est mal, mais c’est déjà ça de pris sur les Anchorena !).

    La flore est riche et variée, des odeurs de buis arrivent à passer la tranchée encombrée de mon nez, des oiseaux chantent partout et je croise même un colibri. Après plus de trois heures de marche et des visions étranges comme ces champs de cheveux blonds, balancés au gré des vents, j’arrive au sommet. Ce n’est pas que ce soit spectaculaire, bien que la vue sur la sierra soit intéressante, mais la seule atteinte du sommet sonne comme un miracle. Merci jambes, pieds (et aussi un peu, volonté).

    Tout là-haut, le vent souffle en rafale. Des bourrasques à faire tomber d’un rocher. D’autres condors tourbillonnent, et certains randonneurs s’assoient pour méditer. Je reste une heure à contempler la vue, reposer mes poumons et sauter encore un peu de rocher de cime en rocher de cime.

     

    Le retour se fait sous un cagnard « tremendo ». Je bois sans cesse, me couvre de crème. Et croise beaucoup d’inconscients en pleine ascension. Lorsque je rentre enfin à l’hotel, il est 14h. Je vais faire quelques longueurs dans la piscine de mosaïque verte pour détendre mes jambes, puis je vais enfin m’octroyer un déjeuner bien mérité. Il est déjà 18h !

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