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  • Bienvenue dans l'oasis de Rodeo (San Juan)

    Une dernière soirée sympathique avec Lidoro et son fils à l’hôtel Yoma, puis nous reprenons la route direction Rodeo. Cette partie du voyage est assez improvisée. J’avais bien repéré cette petite ville sur la carte, mais nous n’avions pas d’idée précise sur ce que nous voulions faire. Finalement je convaincs Igor, car nous voyons que le lac de barrage de Rodeo regorge de pejerrey, un poisson très convoité par les pêcheurs.

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    Là encore, nous passons par des routes incroyables. Au sud de Huaco, la route 40 offre au détour d’une montagne une vue imprenable sur des montagnes rouges, au milieu desquelles serpente une rivière miraculeuse. Tout ici n’est qu’oasis en terre aride. Se succèdent ensuite des routes entourées d’eucalyptus centenaires, avant que ne commence la route 150 qui mène de Jachal à Rodeo. Là le paysage devient proprement lunaire. Des montagnes noires où le vent a tout asséché, pas une seule plante, un lit de fleuve où depuis longtemps l’eau a cessé de couler. La chaleur semble irrespirable. Et pourtant lorsque l’on s’arrête en bord de route, un vent agréable nous surprend. Il fait chaud, mais c’est supportable. On devine pourtant qu’en plein été, ici l’homme n’est pas à sa place. Seul un filet d'eau qui passe en bas laisse encore quelques raisons d'espérer que la vie peut ici continuer. Un panneau nous annonce bientôt que nous rentrons dans le département d’Iglesia en 1753.

     

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    Encore quelques kilomètres et soudain le lac aux eaux azur s’offre à nos yeux. Cuesta del Viento est un lieu étrange, une immense étendue bleue qui surprend après une route tortueuse où rien ne semble pouvoir survivre. Et pourtant là encore, voilà une oasis. Les peupliers ont été plantés par milliers ; tout autour a poussé la ville de Rodeo. Le lac de barrage lui n’est apparu qu’en 1986 ; au fond est désormais englouti un petit village depuis longtemps de tous oublié.

     

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    Pendant près d’une heure, nous cherchons une cabane au milieu des peupliers, mais il semble que tous les propriétaires soient absents et aient laissé leurs cabanes sans administrateur. Enfin, nous nous présentons au Viejo Carreton. Parfois vraiment, vos pas vous conduisent tout seuls au bon endroit. Un immense parc, des lamas, des paons, des lièvres de Patagonie, un potager à la disposition des visiteurs, des chèvres, des parrillas qui n’attendent que le barbecue et une chambre au confort 5 étoiles. Le matin, le soleil donne sur la terrasse pour un petit-déjeuner baigné de lumière.

     

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    On aurait envie de rester là une semaine ; lire des livres, se reposer, marcher près du lac, écouter les chants venus d’un autre âge, des peuples perdus…

    Mais de fil en aiguille, on apprend qu’il faut se méfier des apparences idylliques. Le gouvernement local bloque le développement touristique de la région, car ici, ce qui prime… c’est l’or. Les montagnes de San Juan comme celles de la Rioja recèlent de matières précieuses, une vraie malédiction. Des multinationales millionnaires ont depuis longtemps tout acheté. Elles versent d’énormes pots-de-vin aux gouvernements locaux et exploitent tranquillement des gisements phénoménaux, sans qu’aucune retombée ne profite aux régions concernées. Triste scénario des pays en développement… et après on se demande qui sont les pires escrocs en ce bas monde.

     

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    Notre séjour à Rodeo est aussi marqué par une roue crevée… heureusement elle ne se dégonfle que dans le village, car nous aurions eu l’air malin sur les routes de montagne, sans aucune visibilité et avec une voiture inopérante ! Finalement, en à peine 1h la roue de secours est installée, puis l’ancienne roue réparée chez un gomero. On trouve dans notre pneu deux énormes clous… on se demande si nous n’avons pas été victimes d’un geste un peu malveillant. En tout cas, rien de grave !

     

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    Le dernier soir, nous nous préparons un bon asado, on regarde les étoiles et on profite d’une nuit au calme de la pré-cordillère ! Nos vacances touchent bientôt à leur fin.

  • En route pour Laguna Brava

    Après avoir quitté Talampaya en fin d’après-midi, nous avons pris la direction de San José de Vinchina, quelque 130 kms au nord. Vinchina est un petit village tranquille où autrefois passaient les « arrieros » qui convoyaient les vaches vendues au Chili. Il faut s’imaginer la traversée des Andes à pied !

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    Le village est constitué d’une seule rue principale qui s’étend sur… 13 km ! Tout au long de cette rue, différents commerces avaient émergé petit à petit pour satisfaire les besoins des arrieros. Commerces en tous genres, artisans, etc. Aujourd’hui ce passé très actif n’est plus qu’un très loin souvenir. Le village ici aussi ressemble plus à une cité endormie. Le paysage y est cependant toujours aussi magnifique, avec d’un côté la Famatina, et de l’autre les montagnes de la Quebrada de la Troya.

     

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    Si nous avons choisi d’aller à Vinchina, c’est parce qu’il s’agit d’un des points de départ de l’excursion à la Laguna Brava. Cette lagune salée se situe à 4300 mètres d’altitude (tout au nord de la réserve San Guillermo). Petit trésor méconnu de l’Argentine, la route vers la lagune offre encore une fois des paysages stupéfiants au milieu de montagnes de 1000 couleurs. Guanacos et vigognes se promènent à leur rythme et observent d’un œil inquiet les quelques voitures qui troublent leur tranquillité.

    Enfin nous n’y sommes pas encore ! Arrivés à 21H à Vinchina, nous sommes allés directement à la Coopérative de la Laguna Brava pour réserver notre excursion pour le lendemain. Une petite dizaine de guides locaux se sont regroupés pour créer cette coopérative, qui offrent les meilleures visites de la lagune, tant les guides ont un niveau de connaissance parfait de leur région.

     

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    Nous avons ensuite déposé nos bagages à l’hôtel Yoma, où nous attendaient Lidoro et son fils Omar. Lidoro est un personnage ! Il a 84 ans, est né en Argentine de parents fraîchement arrivés de Syrie. La Rioja est en effet l’une des régions du pays où la communauté syrienne a élu domicile. C’est d’ailleurs de là que venait Carlos Menem le président argentin d’origine syrienne, qui a conduit à la ruine du pays en 2001 !

    La rue principale de Vinchina porte même le nom de Menem… Et on peut se demander combien de rues Menem existent encore dans le pays.

    Lidoro nous raconte que Zulema Menem, la très célèbre ex-femme du président, est d’ailleurs sa cousine. On a du mal à imaginer que ce petit monsieur dans ses vêtements élimés, mais à l’œil très vif !, ait pu être proche de la présidence. Pendant les 2 jours de notre séjour à l’hôtel Yoma, nous apprendrons que Lidoro est un des commerçants principaux de Vinchina ! Fondateur du premier supermarché de la ville il y a plus de 50 ans, il a ensuite ouvert cet hôtel dans la maison même qu’avaient acquise ses parents à leur installation en Argentine. Il possède également plusieurs hectares de vignes et son fils est le distributeur officiel de gaz dans la région. Quand on dit que la communauté syrienne a le sens du commerce… !

    Nous nous couchons tôt pour être d’attaque le lendemain pour la journée d’excursion. Nous sommes 4 voitures et Luis, le guide, monte avec nous. Notre « caravane » communique par talkie-walkie. Natif de Vinchina, Luis nous confie qu’il se désole de voir que la vie du village est désormais uniquement guidée par le « Plan Descansar » (> plan « Se reposer ») ; nom parodique en référence aux différents programmes sociaux mis en place par le gouvernement. Pour lui, les différents programmes de subvention ont tout simplement détruit les capacités productives à l’intérieur des provinces. La plupart des gens préfèrent toucher son chèque mensuel plutôt que de mettre la terre en valeur, ou de lancer des micro-entreprises artisanales ou encore de services. On le sent assez amer, mais en même temps, lui vit sa passion… la Cordillère !

     

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    Tout au long des 4h d’ascension sur les routes incroyables (d’ailleurs empruntées par le Dakar, dont Luis a une piètre opinion ; pour lui, le rallye ne contribue en rien au développement des régions), notre guide nous raconte les grandes migrations d’autrefois entre l’Argentine et le Chili, et le marché de la viande d’autrefois ; il nous détaille toutes les particularités géologiques de la région, les ressources naturelles (IMMENSES… mais pillées par tous ceux qui peuvent piller ; élites politiques locales, multinationales étrangères) ; nous explique la faune et la flore locales. Il est passionnant !

     

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    Nous arrivons vers 14H à notre destination à 4300 mètres d’altitude ! La vision de la Laguna cernée de montagnes enneigées est magnifique, et nous avons une chance incroyable avec le temps. Ciel d’un bleu intense, à peine un souffle de vent ; il fait 11°, une chaleur quasi-tropicale pour cette altitude ! Et surtout, nous avons la chance de voir ces montagnes toutes blanches. Il a neigé une semaine avant… une tempête arrivée très tôt dans la saison ; il ne neige généralement qu’à partir de juin.

     

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    On s’en met plein les mirettes :-)

    Même si la Laguna Brava n’est pas aussi impressionnante que le Salar d’Uyuni en Bolivie, elle vaut réellement le détour, pour sa magnifique route d’accès et pour tout ce qu’elle dit de l’histoire de l’Argentine (y compris sur les Indiens qui y ont vécu). Immanquable donc !

     

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  • Ischigualasto et Talampaya

    Partis depuis la ville de San Juan, nous avons parcouru en tout plus de 1800 kms sur des routes la plupart du temps sublimes, très représentatives des grands espaces argentins. La particularité du Nord-Ouest, au pied de la Cordillère des Andes est d’être extrêmement aride. Très peu de forêts (sauf dans la Valle Fertil, à l’est de San Juan), et beaucoup de végétation d’arbustes résistants. Au cours de notre périple, nous sommes grimpés jusqu’à 4300 mètres d’altitude (Laguna Brava) et avons pu admirer une Sierra isolée incroyable, la Famatina, qui culmine à plus de 6500 mètres.

    Ce qui fait la réputation de San Juan et la Rioja, ce sont particulièrement ces parcs :

    • Ischigualasto (ou Vallée de la Lune), côté San Juan
    • Talampaya, côté La Rioja

    Ils ne sont distants que de 100 kms, et de fait ils appartiennent au même ensemble géologique. Cet immense territoire surgi durant la période Triasique (ère mézozoïque, il y 250 millions d’années) est connu pour les squelettes de dinosaures que l’on y a trouvés. Mais au-delà, on vient surtout y admirer les paysages incroyables que la nature y a sculptés depuis… un bon petit moment donc !

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    A Ischigualasto, on est frappé par les vision désertiques, les roches pleines de cuivre, de souffre, d’argile, et par les formations étranges liées à l’érosion : le sous-marin, le champignon ou encore le sphynx. Difficile d’imaginer qu’il y a des millions d’années se trouvaient là de gigantesques lacs. L’immense cordon rocheux rougeoyant qui sépare Ischigualasto de Talampaya est à découvrir à la tombée du soleil, quand les couleurs semblent sursaturées !

     

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    Après avoir visité la Vallée de la Lune, nous avons dormi à Pagancillo, un tout petit village qui profite de sa proximité avec Talampaya. Quelques cabañas y ont éclos ; nous avons atterri dans l’une d’elles, recommandée par un gars en charge du contrôle phyto-sanitaire sur la route (à la frontière de San Juan et la Rioja). De fait, il ne nous a pas demandé si on avait des fruits, mais juste dit qu’il fallait dormir à tel endroit à Pagancillo ! Le soir, nous avons mangé dans un petit resto bien rustique face à l’église du village : les meilleures empanadas que nous ayons jamais mangées !!

    Dire que la cabaña était chouette serait un doux mensonge (des toiles d’araignée partout, de la vaisselle sale, … !), mais pour une nuit, elle a bien fait l’affaire !

    Le lendemain, nous avons parcouru l’incroyable route menant à la Cuesta de Miranda (un col à près de 3000 mètre d’altitude). Juste après Pagancillo, la route a été construite au milieu de formations rocheuses sublimes, là aussi pleines de fer, donc d’un rouge éblouissant. Et puis des strates incroyables, des mouvements de roches qui se tordent, qui se dressent, qui s’extirpent… On ne croise aucune voiture sur la route, car théoriquement elle est fermée pour travaux (à partir de ce jour-même) ! On a bien fait de s’y aventurer, car les légendaires retards argentins semblaient encore avoir sévi.

     

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    Dans toute la zone de San Juan et La Rioja, nous rencontrons beaucoup de villages ou lieu-dit quasi abandonnées. Les maisons en adobe restent les témoins d’un temps passé…  Ceux qui restent vivre ici doivent avoir un goût profond de la solitude.

    Dans l’après-midi, nous arrivons au parc de Talampaya. Nous pestons comme des damnés sur le prix prohibitif… 400 pesos l’entrée pour un tour de 2H (soit près de 40 euros au taux officiel), c’est du vol organisé ! Un panneau essaie bien d’expliquer les différents coûts couverts par ce prix, mais personne n’est dupe. Encore une fois, on se dit qu’un politique bien véreux a dû être très arrosé pour octroyer la concession du parc à une entreprise privée qui y pratique ce genre de tarifs. Et les familles argentines avec des enfants, elles font comment, hein ??

     

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    Au final, Igor et moi sommes les 2 derniers clients ce jour-là, alors nous avons droit à une visite très privée ! Ce qui frappe à Talampaya, c’est le magnifique canyon de 150 mètres de haut. On y trouve aussi des pétroglypes attribués à la tribu des Diaguitas qui a longtemps dominé une vaste zone du Nord de l’Argentine (jusqu’à Cordoba). Plus loin, d’autres formations insolites, telles que Le Moine, le jeu d’échecs, complètent la visite au soleil tombant.

     

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    Sierra Famatina

     

     

  • Voyage à San Juan et La Rioja (1ere partie)

    « Coincées » entre Mendoza et Salta, les provinces de San Juan et de la Rioja ont connu un développement touristique plus lent, bien qu’elles aient beaucoup à offrir… Alors hop, ni une ni deux, nous voilà Igor et moi partis pour le Nord-Ouest argentin !

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    Bon je dis hop, ni 1 ni 2, comme si ça s’était fait en un claquement de doigts, alors que non, hein ! Avant de fouler le pied de l’aéroport de San Juan, il nous a fallu lutter sévèrement contre la compagnie Aerolineas Argentinas… Notre avion partait initialement le 31 mars, jour où tout le pays a décidé de se mettre en grève générale. Nous avions eu du nez pour la date ;-) Résultat, nous avons finalement dû décaler d’une semaine. Cependant, certains changements forcés ont parfois du bon… Nous avons non seulement eu beaucoup moins de monde – initialement nous partions pendant un WE férié de 4 jours- mais qui plus est, nous avons eu un temps bien plus radieux ! Bref, le destin et ses desseins…

     

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    Après, il nous a fallu encore nous battre un peu… arrivés à San Juan, nous sommes allés récupérer notre voiture de location, réservée sur internet. On présente le permis, la somme correspondant à la semaine de location, quand l’employé de l’agence me demande ma carte de crédit. Que je n’avais évidemment pas emmenée (en Argentine, je gère tout avec une simple carte de débit). On négocie finalement pour qu’il accepte que nous versions la garantie de la voiture en cash (une assez grosse somme donc !). Mais là, nouveau problème résoudre, aller retirer de l’argent à la succursale de ma banque (non pas au distributeur, car la somme est trop élevée, mais à la caisse). Il est 12h, le gars nous dit qu’il ferme à 12h30 (jusqu’à 17h !! Ce sont les horaires dans les provinces intérieures de l’Argentine, sieste oblige).

    On court jusqu’au Banco Francés… oui mais c’est le premier lundi du mois ! Des centaines de gens s’entassent dans la banque pour retirer leur salaire, leurs allocations & co. Ça sent un peu le roussi, pas vrai ? Encore plus quand je me rappelle que mon compte bancaire est enregistré avec mon ancien numéro de passeport et que je voyage avec le nouveau… ahahahahah. En l’espace de 10 minutes, l’hôtesse d’accueil finit quand même par retrouver mon compte ; un garde de sécurité m’emmène jusqu’à la caisse (notez qu’en passant je grille tout le monde, on ne sait pas comment, sans doute ma tête de touriste désespérée ;-). Et quand j’arrive à la caisse, évidemment, le gars me dit, « je ne peux pas vous verser cet argent, si vous ne me présentez pas la bonne pièce d’identité ». Je lui explique que je ne l’ai pas, car elle est périmée ; et il m’envoie dans les bas-fonds de la banque. Chez le trésorier général. L’homme moustachu me reçoit dans sa « cave ». Il est 12h20, tic tac tic tac. J’appelle le garagiste et préviens qu’avant 13h, nous ne pourrons pas être là. Il accepte. Ouf, un petit sursis. Le trésorier écoute mon histoire, regarde mes papiers et me dit, « Nous avons besoin de l’autorisation de votre agence à Buenos Aires ». Là, tout de suite, je m’imagine passer 3 jours, 3 nuits dans la banque, attendant l’accord de BA… Je le vois partir vers son ordinateur, taper plein de trucs, puis finalement passer des coups de fil. Eh bien croyez-le ou non, en 15 minutes, il obtient le fameux sésame, me raccompagne personnellement à la caisse et £ € $# ! je reçois mes précieux sous !! À partir de là, il était clair que tout allait bien se passer :-)

    On repart d’un pas pressé chez le garagiste, on déballe nos liasses de billets et hop la Chevrolet Corsa est à nous !!

     

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    Elle est un peu longue, non, mon introduction ?

    Alors la suite du voyage, ce sera pour demain !